Je n'avais pas fait exprès de garder le silence samedi matin. Non. Le silence s'était fait tout seul, comme un "self-made man" américain. Et la météorite maya n'avait pas non plus décidé d'écraser ma demeure. Non, je pense que je vais dans le monde.
Il y a juste que rédiger une chronique au lendemain d'une apocalypse qui a peut-être eu lieu (qui sait?), me paraissait faire preuve d'insolence à l'égard de tant de gens. J'ai donc laissé le silence se garder et se regarder dans sa glace, du pôle sud au pôle nord. Parce qu'après tout, qui vous dit que la catastrophe prévue n'a pas eu lieu?
Quelle est, en toute honnêteté, la preuve que chacun peut brandir pour déclarer "I survived", comme au lendemain d'un tremblement de terre californien? Je m'étais dit à l'avance que la prophétie de la fin du monde était sans intérêt car si celle-ci se réalisait effectivement, aucun de nous ne serait à même de s'en apercevoir. En effet, il ne s'agirait pas d'un accident qu'on regarderait par dessus la vitre de la portière en continuant sa route à la troisième ou la quatrième vitesse.
La fin du monde, telle que présentée était une équation insoluble car il n'y aurait pas de témoin, pas de survivant. Ca n'était pas décrit comme un arche de Noé d'où des chanceux pourraient se féliciter d'échapper au sort des poisseux. Non. Tout devait disparaître, comme dans les magasins de la rue du Sentier. C'est pour cette raison que je me demande si tout ne s'était pas arrêté hier.
Parmi les preuves que vous seriez tentés d'avancer, il y a celle-ci : "il n'y a pas eu de fin du monde car bien évidemment, je suis en train de lire cette chronique (qui se demande si la fin du monde annoncée n'a pas vraiment eu lieu)".
Mais n'est-ce pas mince comme preuve? A mon sens, la manifestation de la fin était présentée de telle sorte qu'elle rejoignait en parfaite équivalence, le commencement, la poursuite ou tout simplement la non fin.
Puisque selon le célèbre réfugié des Pays-Bas, c'est l'activité de la pensée, le fait de penser cogito, ergo sum qui me fournit la preuve de mon existence, puis-je estimer que votre acte de lecture constitue en soi la preuve irréfutable que vous êtes un démenti à la théorie sur le 21 décembre 2012?
Même s'il me prenait l'envie d'adhérer à votre lego, ergo sum, et d'admettre que la lecture est une preuve de l'existence, je ne suis pas certain que le scribo, ergo sum (qui me fait déduire de l'acte d'écriture la preuve de mon existence) soit une preuve de la non fatalité du 21 décembre dernier. Rien en effet ne dit que je n'écris pas depuis le nouveau monde issu de la catastrophe, et que vous me lisez depuis ce nouveau monde, dans la mesure où vous auriez pu, comme moi, périr dans l'ancien, et vous retrouver dans le nouveau, comme moi.
Cela dit, si vous constatez que les créanciers continuent d'envoyer des lettres de relance, c'est que nous sommes bien sur Terre, dans l'ordinaire monde, que nous avons échappé à la délivrance, et que, comme nous y incite la saison, nous avons encore, consumam, ergo sum, des courses à faire, des emplettes à compléter, des cartes à faire chauffer, des sonnantes à faire trébucher et des remords d'après-fêtes à préparer. Ainsi, la seule preuve irréfutable de la non fin du monde serait la faim des commerçants pour nos économies. Voilà.
Là, j'écoute "Borders of salt", de Dan Ar Braz. Le goût du sel des arbres à papier est absent des tablettes de lecture. Il restera les tablettes de chocolat pour accompagner les lectures. Et probablement oui, lego ergo sum, car dans tous les mondes, quels qu'ils soient, il suffit de le dire, il suffit de lire pour être. Pour décider de la fin et du commencement de son monde!
Bonnes fêtes [quand même] !
JBA.