<< ET NOUS SOMMES DEBOUT MAINTENANT, mon peuple et moi, les cheveux dans le vent, ma main petite maintenant dans son poing énorme et la force n'est pas en nous mais au dessus de nous, dans une voix qui vrille la nuit et l'audience
comme la pénétrance d'une guêpe apocalyptique.
Et la voix prononce que l'Europe nous a pendant des siècles gavés de mensonges et gonflés de pestilence,
car il n'est point vrai que l'oeuvre de l'homme est finie
que nous n'avons rien à faire au monde
que nous parasitons le monde
qu'il suffit que nous nous mettions au pas du monde
mais l'oeuvre de l'homme vient seulement de commencer
...
et aucune race ne possède le monopole de la beauté, de l'intelligence, de la force
et il est place pour tous au rendez-vous de la conquête et
nous savons maintenant que le soleil tourne autour de
notre terre éclairant la parcelle qu'a fixée notre volonté
seule et que toute étoile chute de ciel en terre à notre
commandement sans limite.>>
Certains de ces vers du Cahier d'un retour au pays natal (Aimé Césaire, Présence Africaine, 1947) avaient agrémenté le discours prononcé par le philosophe Paulin Hountondji (photo), ce 26.08.1989, à Porto-Novo, lors d'une rencontre qui ouvrira la voie aux "Conférences nationales" dans les années 1990. J'étais dans la salle, à deux pas du tribun bègue, et glacé par des mots qui résonnent encore en moi. Que toutes celles et ceux qui s'offusquent de trouver en moi ce qu'ils appellent un "caractère frondeur" (sic), trouvent en ces "parrains", les causes irrémédiables de mes outrecuidances.
Voulais juste reprendre une bouffée de ces mots de feu qui demeurent dans l'air.
A 2 heures 33' un lundi matin, je ne pense pas à me coucher. Tout est calme. On me réclame sans le dire mais j'ai compris.
Belle nuit!
JBA.