Plage de feu
On ne devrait pas vivre de façon mauvaise
On devrait vivre de façon idéologique de façon
horizontale, de façon rêveuse
Ecrire un poème par jour et le dire
chaque nuit
Son pain
Faire comme une prière le poème du désir
Face à la mer on a toujours envie
D'escalader les nuages et de crier le bonheur
A venir dans l'instant on a envie de jouir de l'espérance
qu'on devine derrière cette falaise bleue et plate
La vie n'est pas un poème à lire ou à écouter
on n'a jamais les gens n'ont jamais envie
d'écouter un poète d'écouter un poème de considérer
un littérateur, un liseur, un rêveur de mots en morceaux
Les gens ont besoin de vivre poétiquement, idéologiquement
Rêveusement, religieusement
Le présent de l'instant à venir proche et lointain de la vie
Le matin au réveil tu découvres sur les araignées que tu n'as pas
aimé tes amours que tu n'as pas
Escaladé les Apalaches de la veille au soir à la table du dîner
Tu vois sur les araignées que tu n'as pas dépassé
les querelles et les bouderies de fin de jour avant de prendre la nuit
Les araignées te montrent que tu étais resté humain la veille bêtement
humain bonnement humain et conforme à la prédiction savante du dictionnaire
et des entomologistes
Qu'humain tu te couchas et dormis jusqu'au bout de la nuit pendant
Que deux enfants dans Paris dans leurs lits à Paris
brûlaient de vive voix avec six adultes dans le feu de Promotor
Déguisé en catastrophe naturelle
Comme Christophe en sauveur une Colombe américaine
Huit innocents concrets qui assurèrent la fourniture journalistique
du jour
Les araignées te disent il est trop tard pour
aimer les amours
Et escalader les Apalaches à palabres de la fin du jour avant les
catastrophes déguisées comme Christobal en Salvaor des Indes d'Ouest
L'animal appelé humain est humainement dangereux
à poil commercial ou en sourire Colgate très méchant
Il creuse son pognon dans les cuisses et les ventricules de son voisin
Le passeur passé passant de passe en passe sur les pas de passage
Et son conseiller financier qui regarde monter les chiffres en sentant venir
l'envie d'un bon petit placement prometteur
Tu découvres le matin que parce que tu étais resté trop humain la veille
tu as raté des choses
Mais à célérité tu respires
Tu n'as pas perdu toutes les chances
que deux gamins et six adultes ont perdues
Pour de bon mauvaisement
A cause de la vie mauvaise
Et soudain tu n'as pas envie d'y retourner
Comme tous les jours pointer
Telle une abeille sur la feuille aux épines
mortelles de la pitance de chaque jour
qui débouche sur la nuit
Ce matin tu t'asseois à table et tu dis je
Couche la douleur sur la blanche de papier
et tu demandes si l'acte collectif de la feuille, des doigts et de l'écritoire
Est ou pas un acte sexuel, un acte essentiel, un acte fondateur
Solitaire, classique, en groupe
un plan à trois ou à quatre ou à mille
Un gros plan d'attaque en face de la vie mauvaise
Comme le poète face à la mer
La tête penchée sur le papyrus, les yeux rivés sur les lignes,
les cellules des bras, des tripes, des os et des pieds
Qui tiennent ferme le sol qui veut t'engloutir
Tu écris et cries
Le matin après la catastrophe décanale de la capitale
rapportée par les araignées tu te regardes et ne te vois pas
Tu n'as pas escaladé les Apalaches à palabres de la veille
Tu n'as pas aimé tes amours tu n'as pas surmonté ton humanité
Le matin tu ne sais plus ce qu'est le temps qui succède à la tasse de thé
de café
Pendant qu'on se bouscule dans toutes les proximités et dans
toutes les promiscuités
En attendant la ration de midi
Huit morts à Paris en une nuit que tu as passée à te plaindre
de toutes les incommodités que tu as fabriquées
Avec la complicité de ton cerveau de veau
Deux enfants et six adultes et tu as honte et tu dis j'ai honte
Et tu écris cela et tu couches cela
Et tu couches avec tes ustensiles de survie
en traçant des clones de clown sur la feuille
Et tu fais l'amour de groupe avec la feuille de papier
sur la page blanche
Et tu ne sais plus.
Tu ne sais plus.
Tu ne sais pas qu'après le feu
il y aura sur la plage dès le lendemain
Le jeudi de Kurdi
Un jour sombre comme une nuit
sous les Apalaches à palabres
les bras baissés, humainement
Tu ne sais pas
Et pourtant tu sais. Maintenant tu sais
Tu sais maintenant qu'il faut vivre
de façon idéologique
Et rêveuse.