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Façon de parler - Le blog de Jean-Baptiste Adjibi

Chroniques, Langues & Littératures

PLAGE DE FEU

Publié le 3 Septembre 2015 par JBA in Chimères en vers

Plage de feu

On ne devrait pas vivre de façon mauvaise

On devrait vivre de façon idéologique de façon

horizontale, de façon rêveuse

Ecrire un poème par jour et le dire

chaque nuit

Son pain

Faire comme une prière le poème du désir

Face à la mer on a toujours envie

D'escalader les nuages et de crier le bonheur

A venir dans l'instant on a envie de jouir de l'espérance

qu'on devine derrière cette falaise bleue et plate

La vie n'est pas un poème à lire ou à écouter

on n'a jamais les gens n'ont jamais envie

d'écouter un poète d'écouter un poème de considérer

un littérateur, un liseur, un rêveur de mots en morceaux

Les gens ont besoin de vivre poétiquement, idéologiquement

Rêveusement, religieusement

Le présent de l'instant à venir proche et lointain de la vie

Le matin au réveil tu découvres sur les araignées que tu n'as pas

aimé tes amours que tu n'as pas

Escaladé les Apalaches de la veille au soir à la table du dîner

Tu vois sur les araignées que tu n'as pas dépassé

les querelles et les bouderies de fin de jour avant de prendre la nuit

Les araignées te montrent que tu étais resté humain la veille bêtement

humain bonnement humain et conforme à la prédiction savante du dictionnaire

et des entomologistes

Qu'humain tu te couchas et dormis jusqu'au bout de la nuit pendant

Que deux enfants dans Paris dans leurs lits à Paris

brûlaient de vive voix avec six adultes dans le feu de Promotor

Déguisé en catastrophe naturelle

Comme Christophe en sauveur une Colombe américaine

Huit innocents concrets qui assurèrent la fourniture journalistique

du jour

Les araignées te disent il est trop tard pour

aimer les amours

Et escalader les Apalaches à palabres de la fin du jour avant les

catastrophes déguisées comme Christobal en Salvaor des Indes d'Ouest

L'animal appelé humain est humainement dangereux

à poil commercial ou en sourire Colgate très méchant

Il creuse son pognon dans les cuisses et les ventricules de son voisin

Le passeur passé passant de passe en passe sur les pas de passage

Et son conseiller financier qui regarde monter les chiffres en sentant venir

l'envie d'un bon petit placement prometteur

Tu découvres le matin que parce que tu étais resté trop humain la veille

tu as raté des choses

Mais à célérité tu respires

Tu n'as pas perdu toutes les chances

que deux gamins et six adultes ont perdues

Pour de bon mauvaisement

A cause de la vie mauvaise

Et soudain tu n'as pas envie d'y retourner

Comme tous les jours pointer

Telle une abeille sur la feuille aux épines

mortelles de la pitance de chaque jour

qui débouche sur la nuit

Ce matin tu t'asseois à table et tu dis je

Couche la douleur sur la blanche de papier

et tu demandes si l'acte collectif de la feuille, des doigts et de l'écritoire

Est ou pas un acte sexuel, un acte essentiel, un acte fondateur

Solitaire, classique, en groupe

un plan à trois ou à quatre ou à mille

Un gros plan d'attaque en face de la vie mauvaise

Comme le poète face à la mer

La tête penchée sur le papyrus, les yeux rivés sur les lignes,

les cellules des bras, des tripes, des os et des pieds

Qui tiennent ferme le sol qui veut t'engloutir

Tu écris et cries

Le matin après la catastrophe décanale de la capitale

rapportée par les araignées tu te regardes et ne te vois pas

Tu n'as pas escaladé les Apalaches à palabres de la veille

Tu n'as pas aimé tes amours tu n'as pas surmonté ton humanité

Le matin tu ne sais plus ce qu'est le temps qui succède à la tasse de thé

de café

Pendant qu'on se bouscule dans toutes les proximités et dans

toutes les promiscuités

En attendant la ration de midi

Huit morts à Paris en une nuit que tu as passée à te plaindre

de toutes les incommodités que tu as fabriquées

Avec la complicité de ton cerveau de veau

Deux enfants et six adultes et tu as honte et tu dis j'ai honte

Et tu écris cela et tu couches cela

Et tu couches avec tes ustensiles de survie

en traçant des clones de clown sur la feuille

Et tu fais l'amour de groupe avec la feuille de papier

sur la page blanche

Et tu ne sais plus.

Tu ne sais plus.

Tu ne sais pas qu'après le feu

il y aura sur la plage dès le lendemain

Le jeudi de Kurdi

Un jour sombre comme une nuit

sous les Apalaches à palabres

les bras baissés, humainement

Tu ne sais pas

Et pourtant tu sais. Maintenant tu sais

Tu sais maintenant qu'il faut vivre

de façon idéologique

Et rêveuse.

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