C'est la rentrée et il y a des collégiens et des lycéens qui ne reverront peut-être pas des camarades qu'ils ont quittés en juillet en se disant bonnes vacances. Il y en a d'autres qui en perdront en cours d'année. En 2009, les éditions Vents d'Ailleurs ont publié sur le sujet, une correspondance d'écrivains initiée par Eric Pessan et Nicole Caligaris et dont les droits d'auteurs sont versés à l'association "Education Sans Frontières". Nous avons retrouvé une chronique de Michel Cadence sur ce livre, publiée dans le magazine "NEW AFRICAN". Nous la reproduisons ici avec la crainte que le sujet fasse encore l'actualité.
S. A.
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Il me sera difficile de te lire !
Par Michel Cadence
Vents d’ailleurs est un éditeur indépendant atypique, qui publie des livres d’une excellente qualité littéraire. Je regarde la couverture de sa dernière publication collective (la photo d’une porte bardée de gros clous) avec des frémissements d’impatience. Le titre, d’abord : Il me sera difficile de venir te voir ; j’adore ! Les auteurs, ensuite : j’en connais plusieurs et je sais leur talent. Le thème, enfin : la correspondance entre un écrivain occidental et un écrivain africain ou du Moyen-Orient sur l’immigration. Tous les ingrédients sont réunis pour passer un bon moment.
Je zappe la préface – un bon texte n’a pas besoin d’une plaidoirie – et une inquiétude me traverse. Nimrod intervient en premier. Comment celui qui ne s’intéresse qu’à lui-même pourrait-il correspondre avec un autre que lui ? La lecture me conforte dans mes craintes : le poète tchadien est complètement hors sujet. Il ne parle que de lui, enfant extraordinairement précoce, d’après lui. Passons sur cette erreur de casting …
Avec les correspondances suivantes, je m’enfonce : un tissu de banalités. « Il fait chaud à Madagascar »… Est-ce un scoop ? « Je n’ai pas le temps de t’écrire » Alors pourquoi le fais-tu ? Déçu, je saute cent pages, et ouvre au hasard à la page 209. Dès les premières lignes, je suis captivé. C’est inouï comme un bon texte saute aux yeux en quelques mots. En plein dans le sujet. Passionnant. Une réflexion profonde, originale subtile et sincère. Et de l’humour « S’il faut sauver l’identité de la France, il ne faut pas charia quand même » Qui en sont les auteurs ? Pierre Ménard et Jean Baptiste Adjibi. Mais lequel a écrit quoi ? On cherche des indices. Celui-ci dit « Pierrot » donc c’est Jean Baptiste qui a écrit. Mais ne serait-ce pas Pierre qui se parle à lui-même ? Celui-là prétend avoir voté pour Le Pen., donc ce serait Ménard qui parle ? Pas si simple ! Adjibi est bien capable de se faire l’avocat du diable. Les deux lascars nous roulent dans une délicieuse farine. Cette phrase que j’adore : «Le départ du Dakar est terminé, le Dakar n’est plus, le Dakar n’est plus le
Dakar, et Dakar n’est plus Dakar non plus » aurait pu être signée par feu l’humoriste Raymond Devos. Bref, 30 pages de plaisir !
Il ne me reste plus qu’à tout lire. D’autres bons passages voient le jour.
Je termine par la préface où les initiateurs du projet, Nicole Caligaris et Eric Pessan, reconnaissent qu’il y a des longueurs et s’en auto-excusent. J’aurais préféré qu’ils s’excusent auprès des lecteurs de n’avoir pas supprimé les verbiages inutiles ! Avec une centaine de pages en moins, ce recueil aurait été une perle. Tel qu’il est, il mérite d’être lu.
Eric Pessan et alii, Il me sera difficile de venir te voir, Correspondances, éditions Vents d’ailleurs, 14 €