1987. Il est 0h5 à Ouagadougou, à Bobo Dioulasso, à Pô et dans tout le Fâso.
Quelle fut la nuit dans le lit de Mariam et Thomas? Que faisaient Philippe et Auguste? Dormaient-ils déjà ou lisaient-ils une bd rapportée du ccf? Quels mots échangeaient les gardes de la demeure présidentielle? Le président et sa femme ont-ils fait l'amour ou ont-ils discuté toute la nuit ou ont-ils dormi épuisés par la fatigue de cette journée de travail? Ou Mariam était-elle restée à bosser tard des dossiers ramenés de la compagnie des Chargeurs?
Et de l'autre côté, du côté de monsieur Blaise. Que faisaient les gens? Que se disaient les uns et les autres dans les talkies walkies? Le capitaine-ministre de la Justice a-t-il dormi? Chantal a-t-elle été aimée cette nuit-là? Le capitaine était-il malade? Ou n'a-t-il même pas dormi dans sa maison? Quelqu'un était-il déjà à l'aéroport dans un jet prêt à décoller ?
Si personne n'a eu le temps depuis 26 ans d'écrire un roman inspiré de cette tragédie africaine, c'est peut-être le signe qu'elle n'est pas encore artistisable, fictionnable. Quand la réalité coiffe la fiction, la culture met pus de temps à faire bouillon.
En attendant les oeuvres, il est possible de penser ce 15 octobre comme le symbole d'un courage. Celui d'un homme, Thomas Sankara, qui a placé au dessus des risques et des conséquences possibles, la nécessité de dire et de faire ce qu'il juge juste et bien, pour lui-même et surtout pour les Siens.