J'ai juste eu le temps de prendre des nouvelles des Folles Journées 2013. Je n'ai pas fait le déplacement à Nantes. Magré les appels du pied de la bande à Serge. L'accordeur du quartier de la gare a paraît-il fermé. C'était mon dernier prétexte. Je n'irai donc pas. Cest sans grand remords. Juste un petit.
Quel rapport avec la Françafrique?
J'y viens. Je suis de plus en plus agacé par l'usage grandissant des mots-masques. Les mots-masques (Sony les appelait les mots cache-sexe) . Ce sont des mots préférés à d'autres par ceux qui les emploient et dont l'objectif est de faire comprendre leur propos sans nommer leur sujet.
Le mot Françafrique a été inventé par un militant humaniste français du XXème siècle nommé François-Xavier Verschave. Donc c'est daté. Le mot et son sens ont été précédés par l'identité idéologique, philosophique voire politique de la revue Survie, fondée par Verschave et ses amis. C'était à la fin des années 1990. Autrement dit ce mot est né comme mot-anathème, mot-valise (d'argent et de sang -sur les mains et ailleurs). C'est un de ces mots "affligeants" (comme dirait Flaubert). Sa seule évocation équivaut à un champ de désolation très vaste. Et c'est précisément l'objectif que voulait atteindre l'inventeur de ce terme : créer un choc, un électrochoc à travers un lexicochoc.
De ce fait, le mot est devenu un mot épouvantail, un mot-jugement, un mot-verdict. Or ces mots-là, on évite de les employer dans certains contextes qui exigent l'impartialité, la rigueur des formes et la précision des contenus. Justement parce que de tesl mots sont imprécis par nature, ensuite parce qu'au lieu de rationaliser, ils opérent dans l'imaginaire et entretiennent la part irrationnelle qu'il y a en chacun de nous lorsque nous abordons les domaines publics (politique, questions sociales ou "sociétales").
Mais à ma surprise, ce mot est repris tel quel, dans les contextes les plus sérieux, les plus officiels. Il est vrai, parfois avec beaucoup de cynisme et de "foutage de gueule" comme lorsque le fils Bongo, à l'enterrement de son père déclare aux journalistes qu'il ne sait pas ce que c'est que la Françafrique. A tout prendre, ce monsieur débonnaire a raison.
Si des journalistes, des ministres, des présidents reprennent en choeur un mot imprécis, flou et mystérieux, on peut se demander si cet empressement ne cache pas un opportunisme, une hypocrisie et une fuite en avant.
Du temps du ministre Jean-Pierre Cot, en 1983, le mot françafrique n'existait pas mais le fait était déjà établi. Et c'est lui qui en 2008 a eu raison du ministre Bockel qui, lui aussi, au lieu de nommer de manière plus savante et donc plus précise le fait en question, s'était contenté de répéter le mot dans son opacité.
C'est dire s'il est inimaginable... d'imaginer la Françafrique autrement que comme un mal voire Le Mal. Les revues, les livres et les articles de presse publiés sur ce sujet ont des contenus qui font froid dans le dos, comme on dit.
Mais depuis deux ans, je me demande si la Françafrique est mauvaise pour tout le monde. Je me demande s'il n'y a pas des tas de personnes favorables à la Françafrique. Parce qu'après tout, que dénonce l'association Survie? C'est, je pense, la privatisation de l'Etat au profit de quelques groupuscules, la confiscation de l'intérêt général par des individus, des affairistes, etc... Le délit ou le crimle de la Françafrique, c'est qu'elle spolie deux parties aux profits des membres de son réseau. Mais est-elle condamnée à faire cela ou à ne faire que cela?
Non, bien sûr. Ce mot pourrait avoir un référent positif : il pourrait désigner cette réalité qui existe et qui fait que quelque part, "l'Union française" imaginée au sortir de la guerre de 1939-1945 n'était pas absurde et qu'en dépit de la dissolution de cette "Union" et des "indépendances" en 1960, une "alliance" objective subsiste. Ce qui posait problème au fondateur de Survie était, me semble-t-il, le fonctionnement et non l'existence de cette "Union de fait". Cette "union de fait" (appelée donc françafrique") est décriée aujourd'hui encore parce que ses règles de fonctionnement sont opaques, ses acteurs sont secrets, ses objectifs sont dissimulés et ses moyens sont mystérieux.
En imaginant une "union de fait" qui reste telle ou qui se formalise clairement mais en se mettant au service du plus grand nombre, au service des Etats en priorité et non pas à la "botte" des dirigeants ou personnes d'influence et de leurs amis.
Imaginer une Françafrique profitable pour tous les Français et pour tous les Africains, quelle joie ça serait.
Le très jospinien président Hollande qui se veut tâtillon sur les procédures et les formes vient d'envoyer l'armée au Mali. Dans ce pays menacé de disparition, que fait la France si ce n'est essayer de construire un Etat où elle va co-décider avec les dirigeants locaux?
Plus que n'importe où ailleurs et pour la première fois, la Françafrique vient, avec l'intervention de la France au Mali, de montrer de manière très officielle, qu'elle a un territoire, une armée, des dirigeants, des ennemis communs, une monnaie presque commune, une langue presque communne et une opinion (publique) presque commune. 2013, c'est sûrement l'odyssée de la Françafrique bonne, la Françafrique pour tous.
JBA.

