Un nom. Ce n'était encore qu'un nom. Un nom qui envahissait les librairies, à l'approche de la rentrée scolaire, un nom de deux mots en un seul, comme on entendait JonhnieWalker, RentréeScolaire ou Etats-Unis. Ce nom se confondait avec l'école, du premier degré au second, jusqu'à l'Université. Ce nom était finalement perçu, non pas comme un nom propre de personne mais le nom d'une idée, l'idée d'école, pour faire simple. Puis vint ce jour, où par l'amitié de Joel G., je mis un visage sur le nom. Le nom, debout en bras de chemise, parla une journée durant devant les jeunes, avec force propos et exemples. A part quelques uns, tous les jeunes présents découvraient l'immense nom pour la première fois. Puis, progressivement, le nom quitta les limbes pour se muer en une personne, à la poignée de main ferme, au sourire contagieux et au propos assuré. Il était impossible de se l'approprier, ce conférencier aussi captivant que d'aucuns eurent préféré pour les homélies du dimanche soir, à la place du père curée qui était d'une austérité légendaire. C'était quatre bonnes années avant d'autres occasions qui offriront l'opportunité d'entretenir une longue correspondance privée avec le nom devenu personne.
Pendant que ce jeudi s'achève, j'ai le sentiment que le nom est retourné à ses sources, à ses limbes originelles, à l'idée, qu'il était pour ceux qui n'ont pas eu l'occasion de le voir se transformer en une personne, au fongbe parfait, au flansegbe impeccable. Il était Français. Il était Africain. Il était Dahoméen. Il était Béninois. Il est l'un des fondateurs (il n'y a pas d'autre mot) de la République nouvellement souveraine. Il était surtout un homme d'action, rareté absolue dans le monde des lettrés, sous certaines latitudes. Ce que j'écris ici n'ajoutera rien à ce que l'on sait de lui, à savoir que s'il est une idée, c'est une bonne idée, une très bonne idée. Et je partage cette idée, parce qu'elle se bonifie au fil du partage. Cette idée, facile à deviner, facile à partager, c'est bien sûr, l'idée Jean Pliya.